# Comment effectuer le calcul de la réduction Fillon ?

La maîtrise du calcul de la réduction Fillon représente un enjeu majeur pour toute entreprise employeuse en France. Ce dispositif d’allègement des charges patronales, instauré en 2003 et régulièrement refondu, permet de diminuer significativement le coût du travail pour les salaires les plus modestes. En 2025, alors que le contexte économique impose une gestion rigoureuse des ressources, comprendre précisément les mécanismes de cette réduction devient indispensable. Les services de paie doivent jongler avec des formules complexes, des paramètres variables et des situations particulières qui nécessitent une expertise pointue. Pourtant, malgré son importance stratégique, le calcul de la réduction générale des cotisations patronales demeure source d’erreurs fréquentes lors des contrôles URSSAF. Cette complexité technique ne doit pas décourager les gestionnaires de paie, car une application correcte de ce dispositif génère des économies substantielles tout en garantissant la conformité réglementaire.

Qu’est-ce que la réduction fillon et son cadre légal URSSAF

La réduction Fillon, officiellement désignée comme réduction générale des cotisations patronales, constitue un mécanisme d’allègement dégressif des charges sociales patronales. Ce dispositif s’applique aux rémunérations n’excédant pas 1,6 fois le montant du SMIC annuel, soit 34 594,56 euros pour un salarié à temps plein présent toute l’année 2025. L’objectif principal vise à réduire le coût du travail pour les bas salaires et ainsi favoriser l’emploi dans cette tranche de rémunération.

Le cadre réglementaire de cette réduction repose sur plusieurs textes fondamentaux, notamment le Code de la Sécurité sociale et les lois de financement de la Sécurité sociale successives. L’URSSAF, en tant qu’organisme de recouvrement, assure le contrôle de l’application correcte de ce dispositif. Les employeurs doivent déclarer mensuellement les montants de réduction appliqués via la Déclaration Sociale Nominative (DSN), document qui centralise désormais l’ensemble des obligations déclaratives sociales.

Les cotisations patronales couvertes par cette réduction incluent les cotisations d’assurance maladie, maternité, invalidité et décès, les cotisations d’assurance vieillesse de base, les contributions au FNAL (Fonds National d’Aide au Logement), les cotisations d’allocations familiales, la contribution de solidarité pour l’autonomie, les cotisations de retraite complémentaire obligatoire AGIRC-ARRCO, ainsi que les cotisations d’assurance chômage. Cette couverture étendue explique l’impact financier considérable du dispositif pour les entreprises.

Tous les employeurs affiliés au régime général de Sécurité sociale peuvent bénéficier de cette réduction, qu’il s’agisse de structures privées ou de certains établissements publics à caractère industriel et commercial. La taille de l’entreprise n’impose aucune restriction : une TPE d’un seul salarié accède au même dispositif qu’une multinationale. Cependant, l’employeur doit impérativement être assujetti à l’assurance chômage pour prétendre à cet allègement.

Les paramètres de calcul de la réduction générale des cotisations patronales

Le calcul de la réduction Fillon repose sur plusieurs paramètres fondamentaux qui interagissent dans une formule mathématique précise. Comprendre chacun de ces éléments constitue un prérequis indispensable pour maîtr

iser le calcul de la réduction générale des cotisations patronales. Trois paramètres principaux sont à appréhender : le coefficient de réduction Fillon (ou coefficient C), la rémunération annuelle brute soumise à cotisations sociales, ainsi que la valeur du SMIC et le paramètre T, qui varie selon l’effectif de l’entreprise. Le plafond annuel de la Sécurité sociale intervient également de manière indirecte dans certains cas, notamment pour le calcul des cotisations plafonnées. Examinons ces éléments un par un.

Le coefficient de réduction fillon : formule de calcul du coefficient C

Le cœur du calcul de la réduction Fillon réside dans le coefficient C. Ce coefficient, compris entre 0 et une valeur maximale, est déterminé à partir d’une formule standard définie par les textes. En 2025, pour le régime général (hors cas particuliers type ETT ou caisses de congés payés), la formule du coefficient C est la suivante :

C = (T / 0,6) × (1,6 × SMIC / Rémunération brute - 1)

Dans cette formule, T représente le taux global des cotisations patronales éligibles à la réduction Fillon au niveau du SMIC, SMIC est la valeur du SMIC de référence (mensuelle ou annuelle selon que l’on raisonne au mois ou à l’année), et la rémunération brute correspond à la rémunération soumise à cotisations de sécurité sociale sur la même période. Si le résultat du calcul est négatif ou supérieur à T, il doit être ajusté : le coefficient ne peut pas être supérieur à la valeur maximale autorisée, ni inférieur à 0.

Concrètement, plus la rémunération du salarié se rapproche du plafond de 1,6 SMIC, plus le coefficient Fillon décroît et donc plus la réduction générale diminue. À l’inverse, pour un salarié rémunéré au niveau du SMIC, le coefficient C est proche de sa valeur maximale, ce qui permet un allègement important des cotisations patronales. Il est essentiel d’arrondir le coefficient C à quatre décimales, au dix-millième le plus proche, comme l’exige la doctrine URSSAF, afin d’éviter des écarts lors d’un contrôle.

La rémunération annuelle brute soumise à cotisations sociales

La rémunération annuelle brute (RAB) constitue la deuxième pièce maîtresse du calcul de la réduction Fillon. Il s’agit de l’ensemble des sommes versées au salarié et soumises à cotisations de sécurité sociale : salaires, primes, avantages en nature, indemnités de congés payés, heures supplémentaires ou complémentaires, etc. À l’inverse, les remboursements de frais professionnels, lorsqu’ils sont traités comme tels, sont exclus de cette base de calcul.

Depuis 2025, une attention particulière doit être portée à la prime de partage de la valeur (PPV). Qu’elle soit versée immédiatement ou placée sur un plan d’épargne salariale éligible, elle est intégrée à la rémunération brute retenue pour le calcul de la réduction générale. Elle entre donc à la fois dans la formule du coefficient C (au numérateur et au dénominateur, via la rémunération) et dans la base sur laquelle s’applique la réduction Fillon. Cette intégration peut faire légèrement baisser le coefficient, puisque la rémunération se rapproche mécaniquement du seuil de 1,6 SMIC.

En pratique, pour bien calculer la réduction Fillon, il est recommandé de fiabiliser l’assiette des cotisations sociales dans le logiciel de paie. Une erreur de classification (par exemple, une prime traitée en frais professionnels alors qu’elle devrait être soumise à cotisations) peut entraîner une surévaluation ou une sous-évaluation de la réduction. Lors d’un contrôle URSSAF, les inspecteurs vérifient d’abord la cohérence entre la base de cotisations déclarée et la rémunération prise en compte pour le calcul de la réduction générale.

Le SMIC annuel et la valeur T selon les effectifs de l’entreprise

Le SMIC est un paramètre central dans la formule de la réduction Fillon, car c’est lui qui fixe le seuil d’éligibilité (1,6 SMIC) et conditionne la valeur du coefficient C. Pour un salarié à temps plein présent toute l’année 2025, le SMIC annuel de référence est de 21 272,80 €. Ce montant est recalculé chaque année, en tenant compte des éventuelles revalorisations intervenues en cours d’exercice, ce qui complique parfois le suivi.

Le paramètre T, quant à lui, varie principalement en fonction de l’effectif de l’entreprise, car certaines cotisations (notamment le FNAL) ne sont pas dues aux mêmes taux selon que l’on se situe au-dessus ou en dessous du seuil de 50 salariés. En 2025, la valeur de T a d’ailleurs été ajustée en deux temps (au 1er janvier puis au 1er mai) pour tenir compte de l’évolution des cotisations d’assurance chômage et de la fraction de cotisation AT/MP incluse dans le dispositif. T est donc un taux « composite », somme des principaux taux patronaux couverts par la réduction générale.

Pour simplifier, on peut considérer T comme la « vitesse maximale » de la réduction Fillon : plus T est élevé, plus la réduction potentielle sur un salaire au SMIC est importante. Toutefois, il serait risqué de recalculer manuellement T à chaque évolution de taux ; il est préférable de se référer aux tableaux officiels (URSSAF, BOSS) ou à la documentation de votre logiciel de paie. L’erreur la plus fréquente consiste à appliquer un T inadapté à la taille de l’entreprise, ce qui fausse l’ensemble des calculs.

Le plafond annuel de la sécurité sociale (PASS) dans le calcul

Le plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS) n’intervient pas directement dans la formule du coefficient C, mais il joue un rôle en amont, dans la détermination de certaines cotisations patronales plafonnées, notamment la cotisation vieillesse plafonnée. Or, rappelons-le, le paramètre T est la somme de l’ensemble des cotisations patronales concernées, dont certaines sont calculées en référence au PASS. Indirectement, une mauvaise prise en compte du PASS peut donc fausser la valeur de T et, par ricochet, le calcul de la réduction Fillon.

En 2025, le PASS sert également de repère pour de nombreux plafonds sociaux (indemnités de rupture, épargne salariale, etc.) mais, s’agissant de la réduction générale, l’enjeu principal réside dans la correcte application des taux plafonnés et déplafonnés de vieillesse. Le logiciel de paie calcule ces cotisations à partir du PASS, puis agrège les taux pour déterminer T. Vous n’avez donc pas à intégrer le PASS dans la formule de la réduction Fillon, mais vous devez vous assurer que vos paramètres de paie sont bien à jour.

On peut comparer le PASS à un « gabarit » qui limite une partie de l’assiette des cotisations. Si ce gabarit est mal réglé, l’ensemble du mécanisme d’allègement se trouve fragilisé. Lors d’un contrôle URSSAF, les inspecteurs peuvent remonter jusqu’aux paramètres de plafonnement pour vérifier la cohérence globale des calculs de cotisations et de réduction générale.

Méthodologie de calcul mensuel de la réduction fillon pas à pas

Dans la pratique, le calcul de la réduction Fillon se fait mois par mois, avec une régularisation possible en fin d’année ou en cours d’exercice. Pour ne pas se laisser dépasser par la technicité du dispositif, il est utile de suivre une méthodologie structurée. Vous vous demandez comment passer de la formule théorique aux chiffres concrets sur le bulletin de paie ? Détaillons les étapes clés.

Calcul du coefficient mensuel avec la formule (T/0,6) × (1,6 × SMIC/rémunération – 1)

La première étape consiste à déterminer, pour chaque salarié, un coefficient mensuel provisoire. On applique pour cela la formule du coefficient C en raisonnant sur le mois : le SMIC retenu est le SMIC mensuel de référence (éventuellement proratisé), et la rémunération est la rémunération brute soumise à cotisations sur le mois considéré. Le paramètre T demeure celui applicable sur la période (T1 ou T2 en 2025, selon que l’on se situe avant ou après le 1er mai).

En reprenant la formule, on obtient donc : C = (T / 0,6) × (1,6 × SMIC mensuel / Rémunération brute mensuelle - 1). Si le salarié perçoit exactement le SMIC, le rapport SMIC/rémunération est égal à 1, ce qui maximise le coefficient. Si sa rémunération dépasse 1,6 SMIC, le coefficient devient nul et la réduction Fillon ne s’applique pas. Il est essentiel de vérifier que le coefficient obtenu reste compris entre 0 et T, puis de l’arrondir à quatre décimales.

Ce calcul peut sembler aride, mais on peut l’assimiler à un curseur glissant le long d’une échelle : au niveau du SMIC, il est poussé au maximum, puis il recule progressivement à mesure que le salaire augmente. Cette visualisation aide à comprendre pourquoi la moindre variation de rémunération (prime, heures supplémentaires) peut modifier sensiblement le coefficient de réduction Fillon sur un mois donné.

Application du coefficient aux cotisations patronales éligibles

Une fois le coefficient C déterminé, la seconde étape consiste à calculer le montant de la réduction Fillon. La règle est simple : on multiplie la rémunération brute soumise à cotisations par le coefficient. Formellement, la formule devient : Réduction Fillon mensuelle = Rémunération brute mensuelle × C. Ce montant vient ensuite en diminution des cotisations patronales URSSAF dues pour le salarié concerné.

En théorie, la réduction s’impute sur l’ensemble des cotisations patronales situées dans le champ de la réduction générale (maladie, vieillesse, allocations familiales, FNAL, CSA, retraite complémentaire, chômage, AT/MP dans la limite du plafond autorisé). Toutefois, elle ne peut jamais excéder le montant total de ces cotisations. Si le montant calculé dépasse cette limite, il doit être plafonné. Le logiciel de paie effectue généralement ce contrôle automatiquement, mais il est prudent de vérifier, surtout pour les salariés au SMIC ou proches du SMIC.

Dans la DSN, la réduction générale est déclarée sous des rubriques spécifiques, ce qui permet à l’URSSAF de contrôler la cohérence entre la réduction appliquée et les bases de cotisation. Une bonne pratique consiste à archiver, par salarié, le détail du calcul (SMIC retenu, rémunération, coefficient C, montant de la réduction) afin de pouvoir justifier rapidement les montants en cas de demande d’explication.

Traitement des heures supplémentaires et complémentaires dans la base de calcul

Les heures supplémentaires et complémentaires jouent un rôle particulier dans le calcul de la réduction Fillon, car elles influent à la fois sur la rémunération brute et sur le SMIC de référence. En effet, lorsque le salarié effectue des heures au-delà de sa durée contractuelle, il convient d’ajuster le SMIC utilisé dans la formule. La règle est la suivante : on retient SMIC horaire × (durée contractuelle mensuelle + heures supplémentaires ou complémentaires).

Autrement dit, le SMIC « grandit » avec la durée de travail rémunérée, à l’image d’une jauge qui s’allonge quand le salarié effectue plus d’heures. En parallèle, la rémunération brute augmente du fait du paiement des heures supplémentaires, ce qui fait mécaniquement baisser le coefficient. L’effet global sur la réduction Fillon dépendra donc du niveau de rémunération de départ et de l’ampleur des heures supplémentaires effectuées.

Il est impératif de bien distinguer, dans le logiciel de paie, les heures supplémentaires et complémentaires affectant le SMIC de référence (durée réellement travaillée) des primes ou majorations forfaitaires qui, elles, n’ont pas d’impact sur la durée de travail retenue. Une confusion entre ces éléments peut conduire à un SMIC erroné dans la formule, et donc à un calcul de réduction générale contestable.

Régularisation progressive et calcul en fin d’année civile

Le calcul de la réduction Fillon est, par nature, annuel, mais il est appliqué en pratique mois par mois. Pour concilier ces deux logiques, deux méthodes sont admises : la régularisation progressive et la régularisation en une fois en fin d’année. Avec la régularisation progressive, l’employeur ajuste tous les mois le montant de la réduction en tenant compte des rémunérations déjà versées depuis le 1er janvier, ce qui permet de lisser les écarts au fil de l’année.

À l’inverse, la régularisation en fin d’année consiste à calculer la réduction annuelle définitive à partir de la rémunération annuelle brute et du SMIC annuel, puis à comparer ce montant avec la somme des réductions appliquées mois par mois. L’écart (positif ou négatif) est alors imputé sur le dernier mois de l’année, ou sur le mois de sortie en cas de départ du salarié. Cette méthode peut provoquer des ajustements significatifs en décembre, ce qui surprend parfois les employeurs comme les salariés.

Quelle méthode privilégier ? Tout dépend de vos outils et de vos contraintes. La régularisation progressive est plus fidèle à la logique annuelle du dispositif, mais elle demande un paramétrage fin du logiciel de paie. La régularisation en fin d’année est plus simple à mettre en œuvre, mais elle requiert une vigilance accrue en décembre. Dans tous les cas, l’important est de documenter clairement la méthode retenue et de s’y tenir sur l’exercice.

Cas particuliers et situations dérogatoires dans le calcul de la réduction

Au-delà du cas standard du salarié à temps plein présent toute l’année, de nombreuses situations particulières viennent complexifier le calcul de la réduction Fillon : temps partiel, contrats courts, entrées et sorties en cours de mois, absences non rémunérées, multi-employeurs… C’est souvent sur ces cas de figure que les erreurs se concentrent. Comment adapter le calcul sans perdre le fil ? Voyons les principaux cas dérogatoires.

Salariés à temps partiel et proratisation du SMIC de référence

Pour les salariés à temps partiel, le principe est simple : le SMIC de référence doit être proratisé à la durée contractuelle de travail. La formule de base est la suivante : SMIC mensuel / 151,67 × nombre d’heures contractuelles. Ainsi, un salarié travaillant 24 heures par semaine n’a pas le même SMIC de référence qu’un salarié à 35 heures ; la réduction Fillon est donc recalculée en proportion de ce temps de travail réduit.

Cette proratisation permet de maintenir l’équité du dispositif : un salarié payé au SMIC à 24 heures doit bénéficier d’une réduction Fillon aussi « forte », en pourcentage de sa rémunération, qu’un salarié au SMIC à temps plein. En pratique, le logiciel de paie calcule automatiquement le SMIC proratisé dès lors que l’horaire contractuel est correctement renseigné. Là encore, le risque d’erreur vient surtout d’une mauvaise saisie du temps de travail (contrat mal paramétré, changement d’horaire non mis à jour).

Il faut également tenir compte des heures complémentaires effectuées par le salarié à temps partiel, qui viennent augmenter la durée de travail prise en compte pour le calcul du SMIC de référence. On applique alors la même logique que pour les heures supplémentaires d’un salarié à temps plein, en ajoutant les heures complémentaires à la durée contractuelle mensuelle.

Contrats courts et entrées-sorties en cours de mois

Les contrats courts (CDD de quelques jours ou semaines, missions d’intérim, remplacements ponctuels) et les situations d’entrée ou de sortie en cours de mois nécessitent une adaptation du SMIC de référence. La règle admise consiste à ajuster le SMIC mensuel en fonction de la rémunération perçue par rapport à la rémunération théorique pour un mois complet : SMIC mensuel × (rémunération perçue / rémunération théorique pour un mois complet).

Par exemple, un salarié embauché le 15 du mois avec un salaire mensuel de base de 2 000 € et qui perçoit 1 000 € pour cette demi-période verra son SMIC de référence réduit dans les mêmes proportions. Cette méthode permet de tenir compte du fait que le salarié n’a pas travaillé tout le mois, sans avoir à recalculer manuellement la durée exacte en jours ou en heures. Elle est particulièrement utile dans les secteurs à forte rotation de personnel.

Il convient toutefois d’exclure de la rémunération théorique et de la rémunération perçue les éléments qui ne sont pas affectés par la présence (par exemple, une prime forfaitaire versée intégralement quelle que soit la durée de présence). Ne conserver dans le rapport que les éléments strictement proportionnels au temps de travail permet d’éviter une sous-estimation ou une surestimation du SMIC de référence et donc du coefficient Fillon.

Absence non rémunérée et impact sur le coefficient applicable

Les absences non rémunérées (congé sans solde, absence injustifiée, carence maladie, etc.) induisent une réduction de la rémunération brute et de la durée de travail effective, ce qui impose une adaptation du SMIC dans la formule. Là encore, la méthode recommandée par l’administration consiste à appliquer la formule : SMIC mensuel × (rémunération perçue / rémunération théorique pour un mois complet), en neutralisant les éléments non affectés par l’absence.

On peut voir cette approche comme une « mini-annualisation » sur le mois : on ramène le SMIC à la quote-part de présence réelle. Concrètement, si un salarié habituellement payé 2 000 € ne perçoit que 800 € du fait d’une longue absence non rémunérée, le SMIC retenu sera ajusté dans le même rapport (hors primes non affectées). Le coefficient Fillon sera donc recalculé à partir de ce SMIC réduit et de cette rémunération plus faible.

Le principal écueil consiste à mal qualifier les éléments de rémunération comme « affectés » ou « non affectés » par l’absence. Une prime mensuelle qui est automatiquement proratisée en fonction des jours d’absence doit être considérée comme affectée et donc conservée dans le rapport. À l’inverse, une prime annuelle versée intégralement, quelle que soit la présence sur le mois, doit être exclue. Le GIP-MDS met à disposition des fiches techniques et arbres de décision utiles pour sécuriser ces arbitrages.

Multi-employeurs et calcul de la réduction sur la DSN

Dans certaines professions (professions médicales à temps partiel, journalistes pigistes, VRP multicartes, etc.), les salariés peuvent cumuler plusieurs employeurs. Chaque employeur calcule alors sa propre réduction Fillon de manière autonome, sur la base de la rémunération brute qu’il verse et de la durée de travail déclarée chez lui. Il n’y a pas de mutualisation inter-employeurs du plafond de 1,6 SMIC pour le calcul de la réduction générale.

Cependant, certaines catégories de multi-employeurs bénéficient de paramètres T spécifiques, tenant compte de régimes de cotisations particuliers. Les employeurs concernés doivent donc appliquer les taux dérogatoires prévus pour leur profession, dans la limite de la participation employeur à la retraite complémentaire (6,01 % maximum retenu dans T). Cette spécificité renforce l’importance d’un paramétrage précis du plan de paie.

Dans la DSN, chaque employeur déclare la réduction Fillon calculée pour ses salariés, même s’ils exercent par ailleurs une autre activité salariée. L’URSSAF contrôle chaque relation employeur/salarié séparément, sans reconstitution d’une rémunération globale multi-employeurs pour ce dispositif. Pour éviter les litiges, il est conseillé aux employeurs de bien informer les salariés sur les règles applicables, notamment lorsque ceux-ci comparent leurs bulletins de paie issus de différents employeurs.

Logiciels de paie et automatisation du calcul via la DSN

Compte tenu de la complexité des paramètres (SMIC proratisé, évolution de T, cas particuliers, régularisation annuelle), rares sont les entreprises qui calculent encore la réduction Fillon manuellement. Les logiciels de paie jouent un rôle central dans l’automatisation de ce calcul, depuis la détermination du coefficient C jusqu’à l’imputation de la réduction dans la DSN. Bien paramétré, un outil de paie fiable agit comme un « pilote automatique » qui applique les bonnes règles sans intervention manuelle systématique.

Concrètement, le logiciel récupère les taux de cotisations à jour, calcule T en fonction de l’effectif, détermine le SMIC de référence selon la situation de chaque salarié (temps plein, temps partiel, heures supplémentaires, absences, etc.), puis applique la formule du coefficient C et calcule la réduction. Il ventile ensuite cette réduction sur les codes DSN appropriés. L’employeur n’a plus qu’à vérifier les résultats et à s’assurer de la cohérence des montants, plutôt que d’effectuer lui-même les calculs détaillés.

Cela ne signifie pas pour autant que le gestionnaire de paie peut se désintéresser du sujet. Un mauvais paramétrage initial (horaires contractuels, catégories de salariés, taux dérogatoires) ou un défaut de mise à jour réglementaire peut conduire le meilleur logiciel à sortir des résultats erronés. Une bonne pratique consiste à réaliser des contrôles de cohérence réguliers (par exemple, comparer le taux effectif d’allègement sur les salaires proches du SMIC à des simulations manuelles) et à documenter les mises à jour réglementaires prises en compte.

Erreurs fréquentes et contrôles URSSAF sur la réduction fillon

La réduction Fillon fait partie des thèmes récurrents lors des contrôles URSSAF, précisément parce qu’elle concentre de nombreux risques d’erreur. Parmi les erreurs les plus fréquentes, on retrouve l’utilisation d’un paramètre T inadapté (mauvais effectif ou mauvaise période), la non-prise en compte correcte des heures supplémentaires dans le calcul du SMIC de référence, ou encore l’absence de proratisation du SMIC pour les temps partiels et les absences non rémunérées.

D’autres erreurs tiennent à l’assiette de rémunération : primes indûment exclues des cotisations sociales, PPV non intégrée après 2025, avantages en nature mal valorisés… Toutes ces anomalies faussent la rémunération brute prise en compte pour la réduction Fillon et peuvent conduire à un redressement. L’URSSAF vérifie également le respect des plafonds (montant de la réduction ne dépassant pas le total des cotisations éligibles, limitation spécifique pour les AT/MP) et le bon arrondi du coefficient C.

Pour se préparer sereinement à un contrôle, il est recommandé de conserver, pour chaque exercice, un dossier de travail retraçant la méthode de calcul choisie (régularisation progressive ou annuelle), les valeurs de T retenues, les principaux paramètres de paie (SMIC, PASS, taux de cotisation) ainsi que quelques fiches de simulation pour des profils types (SMIC temps plein, temps partiel, salarié avec heures supplémentaires récurrentes, etc.). Cette documentation facilite le dialogue avec l’inspecteur et démontre la bonne foi de l’employeur.

En définitive, maîtriser le calcul de la réduction Fillon, c’est accepter une certaine technicité, mais c’est aussi se donner les moyens d’optimiser le coût du travail tout en restant en conformité avec la réglementation URSSAF. Avec une méthode claire, un logiciel de paie bien paramétré et une veille régulière sur les évolutions légales, la réduction générale des cotisations patronales cesse d’être une source d’angoisse pour devenir un véritable levier de compétitivité sociale pour l’entreprise.